Date de publication : 21/ 08/ 2012

Les valises

On nous prend franchement pour des valises.

Oui, oui, des valises. Vous savez, ces objets qu’on remplit avant de partir en voyage? Les politiciens préparent leur voyage vers le pouvoir et tentent de s’assurer qu’ils y parviennent en remplissant à ras bord leur valise que nous sommes.

Prenons cette promesse de la CAQ de donner un médecin de famille à chaque Québécois dans la première année de leur mandat. Ben oui, qu’on y croit. D’ailleurs, Barrette et Legault, j’ai un pont à vendre à Brooklyn… il faut vraiment être naïf pour croire un seul instant que la CAQ réussira là où le PQ et le PLQ se sont plantés. Il faut croire que la réalité n’a pas sa place en campagne électorale.

La CAQ n’est certes pas seule à faire dans l’exagération et l’enflure électorale. Le PQ aussi sait être à la hauteur. Ainsi, dans les 100 premiers jours de son accession au pouvoir, le PQ promet une nouvelle loi 101 grâce à une réforme en profondeur de celle-ci. OK. Mettons. Sauf qu’une loi aussi fondamentale que la loi 101 ne saurait être réformée en seulement 100 jours! Les consultations nécessaires, la rédaction de la nouvelle loi, les étapes à franchir pour qu’elle soit sanctionnée… ça prend des mois! Et c’est sans compter l’opposition qu’une telle mesure risque de soulever chez les anglophones et les allophones du Québec. Marcher sur des œufs, vous dites?

Quant au PLQ, il n’en a que pour son Plan Nord, ce fantasme libéral qui promet d’élever son chef, Charest, au rang de grand bâtisseur du Québec. Sauf que, dans les faits, rien de véritablement concret ne semble vouloir sortir de ce fameux plan, la complexité de sa mise en œuvre retardant toujours davantage son application dans le concret. On nous promet mer et monde, on nous promet que ce plan payera la dette québécoise, mais à voir à quel rythme on s’empresse de céder, que dis-je, à abandonner au rabais nos ressources naturelles, il semble encore bien loin le moment où toute cette richesse payera la moindre dette.

Tous les grands partis, sans exception, sont coupables de prendre la population pour des valises. Nous pourrions prendre une à une toutes les promesses faites depuis le début de cette campagne et les soumettre à l’analyse et bien peu, probablement, passeraient la rampe. Malheureusement, à en croire les sondages, il semble bien que la population se laisse encore bercer par le doux appel de ces fausses promesses…

En un sens, nous sommes tous collectivement responsables de l’état de la chose politique. Nous sommes ceux qui élisent ces candidats, ces partis, qui mettent en place toutes les pièces de cette mécanique corrompue et inopérante. Nous nous laissons bercer des illusions que chacun de ces partis produit à grand renfort d’études et de sondages, de « focus groups » et marketing. Nous avalons sans broncher la petite pilule bleue.

On s’étonnera du cynisme à l’égard de la classe politique. On se surprend à considérer comme du changement l’élection d’un parti fondé par un ex-ministre péquiste soudainement devenu fédéraliste et peuplé de transfuge. L’air blasé, on écoutera un premier ministre accuser ses adversaires de ne pas laver plus blanc que lui. Et c’est dans l’indifférence la plus grande que louvoiera un parti quant à ses intentions référendaires.

Non, franchement, y a pas là de quoi se réjouir. Y a pas là de quoi avoir envie de s’engager. Y a pas là de quoi nous réconcilier avec la politique.

S.V.P., donnez-moi envie de voter!

 

(Photo : emmamccleary)

Je vis au Nunavik depuis maintenant plus de dix ans. Je travaille dans le domaine de l'éducation où j'ai enseigné pendant plus de dix ans avant de devenir directeur d'école. Aujourd'hui, je suis responsable de l'informatique pour la commission scolaire Kativik. Il va sans dire que mes écrits n'engagent que moi et ne reflètent pas nécessairement les opinions mon employeur. Mais ça, vous vous en doutiez, n'est-ce pas?

Les opinions émises par les auteurs publiés sur Le Globe ne représentent pas nécessairement les opinions des administrateurs du site. Lisez les conditions générales
*******
0
0
  

Vos réactions sur Facebook

Vos Commentaires 1 Commentaire
Exprimez vous
  1. Je ne comprends pas que ni madame Marois ni les membres de son équipe n’aient attrapé au vol la balle que la rue leur a lancé : nous voulons de l’intelligence au pouvoir. Écouter lire analyser et comprendre les centaines d’analyses sociales – même populaires – que le peuple dans ses structures anarchiques a pondus. Pour se réclamer de la sociale démocratie il faut minimalement y correspondre. Une économie basée sur le développement durable appelle des réponses différentes – brillantes – intelligentes que madame Marois aurait du sortir lors de ces débats … J’ai peur qu’elle en soit fondamentalement incapable. Si elle ne s’entoure pas d’une équipe digne de l’intelligence des revendications populaires du printemps elle va nous servir les mêmes vieilles recettes que par le passé …

Annoncez ici
More in A la Une, fil de presse, Politique, Québec
LE POUVOIR EST AU PEUPLE
LE POUVOIR EST AU PEUPLE – Première livraison

Voilà les deux premières capsules de l'humoriste René Forget en lien avec la crise étudiante :    

hand finger point debate
Débat des chefs : impressions

Tous les éléments étaient là pour nous donner un bon débat des chefs, mis à part une présence de Jean-Martin...

mediation
LE SENS DES MOTS – 3. La médiation

Ce n'est pas les tierces parties qui décident pour le gouvernement du Québec qui est dûment élu. (Jean Charest à...

francoislegault
François Legault, le François Bayrou québécois?

[NDLR : l'auteur du texte qui suit est un citoyen Français.] La campagne électorale bat son plein dans la Belle...

Charest rue
Charest est contre la rue

Le texte qui suit est de l'humoriste Mathieu Cyr. Legault est contre la corruption. Marois est contre l’anglicisation. Khadir est...

Close