Date de publication : 23/ 10/ 2012

Réviser le Plan Nord

En septembre 2008, Jean Charest dévoilait officiellement le Plan Nord. 6 mois plus tard, il entrait en campagne électorale pour finalement obtenir un mandat majoritaire en défendant sa vision économique. Le Plan Nord, c’était censé être le projet de tous les Québécois.

Ironiquement, le Plan Nord a commencé avec un amoncellement de projets en cour depuis plusieurs années : une relance majeure de l’exploitation minière en Abitibi-Temiscamingue et en Côte-Nord et l’arrivée du nouveau barrage de la Romaine, planifié par Hydro-Québec sous un gouvernement péquiste une dizaine d’années auparavant, en formaient les pierres angulaires du développement économique. Pour que le Plan Nord soit un projet convainquant, il fallait attirer de nouveaux investisseurs.

Le Canadian Malartic est un projet de mine d'or près de Rouyn-Noranda. C'est le seul nouveau projet minier soumis au BAPE depuis l'annonce du Plan Nord. Osisko, la minière en charge, est une compagnie Québécoise importante*

Jean Charest lança donc une coûteuse campagne de publicité sur les richesses du Nord du Québec, s’adressant en premier aux PDG des plus grandes entreprises minières du monde (en Chine, en France, en Europe, etc.). Pour que le Plan Nord ait l’effet escompté, il fallait de nouveaux projets.

Nous sommes en 2012 et l’heure du premier bilan est pas mal arrivée. Jean Charest a tenté d’attirer des investisseurs depuis son annonce en 2008; il a fondé la société du Plan Nord au début de 2011. Mais malgré ces interventions marquées et une coûteuse tournée à travers le monde, il n’y a pas de nouvelles annonces. Aucun nouveau projet d’envergure n’a été dévoilé (Note: modification à ce sujet: voir le bas de la page).

Vous pouvez vérifier les projets d’envergure facilement parce que tout nouveau projet minier (sauf l’exploration) doit s’enregistrer au BAPE pour une évaluation d’impact s’il extrait plus de 7000t de roc par jour. Actuellement, un seul projet a été déposé au BAPE depuis 2008 : le projet Canadian Malartic d’Osisko, en Abitibi-Temiscamingue. Une mine de fer en Côte-Nord datant de 2007 (la mine de fer du lac Bloom) pourrait aussi se qualifier, même si son évaluation est venue avant le Plan Nord. Ce sont les deux seuls nouveaux projets miniers soumis au BAPE dans les 5 dernières années et aucun autre n’est en ce moment à l’étude (Note: d’autres projets extrayant moins de roc sont en cour, mais ne sont pas tenus de se soumettre au BAPE). Certaines entreprises ont demandé d’augmenter leur capacité existante, mais ce n’est pas un effet du Plan Nord.

Ce que l’on en tire, c’est que les minières étrangères ne sont pas prêtes à investir dans le Plan Nord. Mais le minerai dans le Nord du Québec est là et il sera exploité quand les gens en auront besoin. Pendant que l’on est dans ce climat d’entre-deux, nous pouvons faire ce que Jean Charest ne voulait pas faire, c’est-à-dire nous assurer que lorsque les entreprises viendront exploiter le minerai au Nord du 49e parallèle, nous pourrons mieux profiter de leur venue sans nuire à leurs feuilles de comptabilité.

Durant le blocus de la 138 par les Innus, mardi dernier (16 octobre 2012)**

En ce moment, les femmes se préoccupent de leur sort dans ce projet, et avec raison (pour avoir travaillé à analyser les impacts des mines en région éloignée, les femmes et les jeunes sont les plus touchés). Les Innus ont lancé plusieurs bloquages sur la route 138 depuis un an, alors qu’ils remarquent que les bienfaits qu’ils tireront du Plan Nord sont insuffisants. Ajoutons à cela que la majorité des articles de la loi sur les mines datent de 25 ans (1987), avec très peu de modifications. Plusieurs affirment que cette loi n’est plus d’actualité et qu’elle doit être mise à jour. Finalement, alors que nos entreprises de construction sont sous enquête par l’escouade Marteau et ce qui sera probablement la plus grande commission d’enquête de la décennie, celles-ci sont en train d’obtenir les contrats de routes et de grands projets dans le Nord.

Appelé « Le mur », le principal bâtiment de Fermont fait plus de 1,3 km de long et 50m de hauteur. En plus de protéger la ville contre les vents, le mur contient appartements et services publics (école, police, poste, etc.)

Mes conclusions sont les suivantes : si Jean Charest vantait le Plan Nord comme un projet d’envergure, ce n’était pas grâce à lui et son parti. Le vrai développement minier dans le Nord se fera en temps et lieu, au fur et à mesure que le prix des minéraux sera intéressant. Il nous reste suffisamment de temps. Ce qu’il nous faut maintenant, c’est regarder les défauts de l’exploitation minière et voir comment on peut en tirer le maximum pour tous les Québécois, la population locale, les femmes et les Premières Nations. Si l’on veut réussir, il faut s’intéresser au Nord Québécois et à l’exploitation minière.

 
*Crédit photo : Bouligab
**Crédit photo : Optik 360

AJOUT: Un ami en génie minier m’a fait savoir que le BAPE n’évalue pas la totalité des projets miniers au Québec, contrairement à mes souvenirs en cours d’évaluation d’impacts environnementaux. Des projets d’envergure (mais de moins de 7000t d’extraction de roc par jour et n’entrant pas sous l’autorité du BAPE) sont à venir à Kujuuaq (2), à la mine d’or Éléonore, le projet Québec Lithium et Bracemac McLeod. D’autres projets sont en développement ou en phase d’exploration. La loi sur les mines à venir devrait soumettre toute mine extrayant plus de 4000t de roc par jour à la contrainte d’une évaluation au BAPE. Le principal atout du plan Nord, en effet, demeure l’ouverture de nouvelles routes qui permettront d’accéder à d’autres gisements et à lancer des projets d’envergure. Il faut souvent 10 ans de préparation avant de lancer un tel projet.

Ancien président d'associations étudiantes récemment de retour de 6 mois de travail au Sénégal. Passionné d'alimentation, de biotechnologies, d'enjeux internationaux. De quoi donner plusieurs regards sur une même réalité.

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Vos Commentaires 1 Commentaire
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  1. Panama says:

    Le gouvernement doit injecter 200 millions de dollars dans le Programme d’infrastructures Québec-Municipalités. Ces sommes seront réservées aux projets municipaux de développement jugés prioritaires et associés au Plan Nord.

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