On cause pour la cause
Troisième visite à la toilette ce matin. Ça devient de pire en pire. Rien ne fera entendre raison à ce cerveau qui ne peut voir que le pire. « C’est pas normal, je ne suis pas normal. Qu’est-ce qui se passe encore ». Vivement l’heure du lunch, il faut comprendre ce qui se passe. Il n’en peut plus. Il reste encore une bonne heure avant midi et pourtant, il succombera. Une recherche, une toute petite et puis il aura, croit-il, l’esprit tranquille. Erreur! C’est pire! La petite recherche a débouché sur un mot, le mot. Cancer. Il tente du mieux qu’il peut de ne plus y penser. Il a un long texte à écrire, ça va lui changer les idées… croit-il. Mais non. Une seule chose occupe son esprit. La peur. Celle d’être malade, celle d’avoir reçu la peine de mort pour un crime qu’il cherche encore. L’heure du lunch arrive, il se retrouve avec ses amis à discuter. La peur recède, l’anxiété passe; il se sent mieux.
Ce scénario, il sera quotidien. Tans que son médecin ne lui aura pas dit qu’il n’y a rien d’anormal, qu’il est beaucoup trop jeune pour avoir un tel cancer il ne sera pas tranquille. Et encore. Il n’est pas certain. Il ne pourra être doublement certain que quand les résultats d’analyse sanguine n’auront pas été interprétés et clairement expliqués. La peur passera ensuite jusqu’au prochain symptôme douteux.
Aujourd’hui, en prenant sa douche il remarque une petite bosse sur son ventre. Rien de bien gros, comme une fève peut-être. « Mais depuis quand c’est là ça? » Et ça repart. Inquiétudes, angoisses.
Du mal à avaler. Ça fait trop longtemps… même chose. La peur lui prend au tripes, il a envie de vomir les intestins lui font sentir que le stress est trop grand et l’inquiétude irrationnelle au sujet du cancer reprend de plus belle. C’est un cercle infernal.
Ce ne sont que quelques jours dans la vie d’un hypocondriaque. Ce mot fait rire parfois. Il est même ridiculisé, banalisé par les observateurs. « Voyons, r’ garde le encore capoter pour rien! » Et pourtant. Si seulement ils savaient. Vous vous êtes déjà inquiété pour un proche? Quelqu’un dont on est sans nouvelle et qui appelle enfin? Vous avez déjà vécu ce stress d’être dans l’incertitude? C’est fou comme c’est préoccupant. L’hypocondriaque vit cette incertitude 24 h par 365 jours par année. Il n’y a pas de pause, jamais. Si ça semble drôle pour certains de voir une personne s’inquiéter pour une banalité, l’hypocondriaque lui vit l’enfer de minute en minute. L’impact est majeur, et ce, dans chacune des sphères de sa vie. La vie sociale est anéantie, les nuits sont peuplées de rêves insensés. Pour braver une crise, on a l’impression de dépenser l’énergie d’une journée entière entre le réveil et le midi. On se referme sur soi-même, on ne veut plus sortir, tous les subterfuges sont bons pour penser à autre chose. Alcool, drogues ou toutes distractions sont bons pour passer quelques heures sans avoir peur.
Ce que je viens de décrire, c’est une partie de ma vie. Et je suis chanceux. Je suis assez cartésien pour parfois faire la part des choses et me convaincre que mon imagination trop fertile me joue encore des tours. Si les crises peuvent parfois durer très longtemps, de quelques jours à quelques semaines, puis laisser place à une vie un peu plus normale, leur intensité n’en est pas moins énorme. Je me considère chanceux de ne pas avoir cette pulsion d’aller voir mon médecin chaque semaine ou chaque mois. J’éprouve énormément de sympathie pour ceux et celles qui ont complètement perdu le contrôle.
J’ai écrit ce billet pour cette publicité que j’ai entendue et vue ces dernières semaines. « On cause pour la cause ». J’ai cru que c’était le bon moment pour faire un « coming out » et sensibiliser un peu les gens à un problème qui semble pour beaucoup banal. Il n’en est rien.
Si vous ou un de vos proches vivez de telles angoisses, n’ayez pas peur de consulter. Ce n’est pas toujours facile, mais je vous en conjure, ne restez pas seul à supporter ce poids. L’aide existe.
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Nous sommes donc collègue hypo
Quelle machine que ce cerveau. Une émission de “House” et je ressens les symptômes. Comme toi cependant, je réussis maintenant à contrôler cette anxiété et j’en suis très heureux. Je sympathise cependant avec ceux qui n’ont pas ce privilège.