Le blues des écolos
Eva Joly à contrepied. C’est un peu l’image qu’il faut actuellement retenir concernant la candidate écologiste à la présidentielle.
Créditée pour l’heure de 3% d’intentions de vote, la campagne de l’ancienne juge d’instruction ressemble plus à un véritable chemin de croix qu’à une véritable promenade de santé, à tel point que certains parmi ses supporters et au sein de son parti, Europe Ecologie Les Verts, s’interrogent de plus en plus sur un maintien ou non de la candidature d’Eva Joly pour l’Elysée.
On est bien loin du temps où l’actuelle députée européenne avait fait sensation en battant en juillet dernier, Nicolas Hulot, le présentateur-vedette de l’émission « Ushuaia » dans le cadre d’une primaire. A cette date, celle qui enquêta sur les grands scandales politico-financiers des années 1990 – tel l’affaire Elf – recueillait plus de 8% d’intentions de vote, soit plus que les 5% recueillis par Noël Mamère au premier tour de la présidentielle de 2002 et bien que les 1,37% totalisés par Dominique Voynet, il y a cinq ans.
Eva Joly est en effet attaqué de toute part en raison de son côté novice, pour ne pas dire naïf en politique. Pour preuve, le récent accord électoral conclu entre EELV et le Parti socialiste qui prévoit entre autres le gel de circonscriptions au profit des écologistes dans le cadre des législatives de juin prochain. Mais rien sur un éventuel arrêt de la production nucléaire, à la grande colère d’une candidate qui s’est fait rappeler à l’ordre par Cécile Duflot, la secrétaire générale du parti écologiste, bien plus occupée par l’accord conclu avec les socialistes.
A cela s’ajoute la personnalité même de l’ancienne juge d’instruction. Franco-norvégienne, Eva Joly a souvent détonné par certaines propositions qui ont suscité une grande hostilité, à la limite de la xénophobie. Ainsi, son souhait de remplacer le défilé militaire du Quatorze Juillet (jour de la fête nationale française) par un défilé citoyen qui a provoqué l’ire du reste de la classe politique, Lionel Tardy, un député UMP (majorité) ayant même, via son compte twitter, invité Eva Joly à “retouner en Norvège“. Ou bien encore, son accent norvégien sur lequel on insiste volontiers et qui fait l’objet de railleries, à tel point que le couturier allemand Karl Lagerfeld lui avait fortement suggéré d’apprendre à mieux parler le français, histoire qu’elle se fasse comprendre. Assez cocasse (et assez insultant) quand on sait que Madame Joly vit depuis plus de cinquante ans en France et qu’elle est citoyenne française depuis cette période !
Depuis, la campagne de la candidate écologiste peine véritablement à susciter un intérêt à un moment où les questions relatives à l’écologie et au développement durable sont de plus en plus présentes à l’agenda politique. Consciente de ce décalage, Eva Joly cherche à travailler son image, à se présenter différemment afin de mieux séduire les électeurs. Ainsi, fini ses fameuses lunettes rouges qui, ajoutés à son accent, renforçaient son côté austère et froide. Place à une femme plus ouverte, plus en phase avec les Français, celle d’une femme qui ne vient pas du sérail et qui a également connu la galère avant d’arriver au sommet à la différence d’une grande partie de ceux qui forment l’actuelle classe politique française.
Cela suffira-t-il pour atténuer, voire dissiper le blues des écolos (du moins, des militants écologistes) ? Difficile à dire tant Eva Joly semble transparente et surtout fortement concurrencée par Le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon qui séduit une partie de l’électorat de gauche avec un discours de rupture et à charge contre le système capitaliste. Un tel discours que les écologistes avaient réussi à tenir lors des Européennes de juin 2009 au point de faire pratiquement jeu égal avec le Parti socialiste en faisant 16,4% des voix et obtenant le même nombre de sièges que ces derniers soit quatorze. Depuis leur percée, Europe Ecologie – Les Verts n’a plus été en capacité de refaire un tel exploit et la campagne en dent de scie d’Eva Joly en est une nouvelle illustration.
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