La mort exige une responsabilité
Avant de débuter, je vous invite à utiliser le moteur de recherche en haut à droite sur leglobe.ca pour les mots Boisvenu et suicide assisté. Vous y trouverez plusieurs articles intéressants sur les manchettes de cette semaine ayant inspiré ce billet.
La mort, tout un concept : peut-être la seule justice sur cette planète puisque personne n’y échappera. Sujet tabou, je ne pense pas; délicat, très certainement. La peine de mort, l’incitation au suicide et le suicide assisté ont été des sujets beaucoup discutés sur les réseaux sociaux cette semaine. J’ai également pris part aux discussions.
Les propos de Pierre-Hugues Boisvenu en ont choqués plusieurs, d’autres approuvaient : il laisserait une corde à la disposition des détenus afin qu’ils décident de leur vie. J’ai beaucoup de difficulté à comprendre comment il en est arrivé à cette idée. Qu’il le regrette ou non, Boisvenu y a tout de même pensé et s’est dit : oui, je vais lancer ça dans les médias. Je trouve qu’un meurtrier, aussi cruel et condamnable soit le crime, n’est pas dans les meilleures dispositions pour décider lui-même s’il doit vivre ou mourir. Pour illustrer mon point, pensez à une personne ivre. Demandez-lui si elle est en état de conduire et que cette personne vous réponde le plus sérieusement du monde : “Mais oui!”. C’est drôle hein? Et bien je vois le même parallèle pour l’incitation au suicide.
Dans ce cas, plutôt que de laisser le choix à ces individus sanguinaires de leur vie ou leur mort, certaines personnes voudront ramener la peine de mort : des économies gigantesques en frais carcéraux et l’élimination définitive du risque de récidive. Par contre, je ne vous apprends rien quant au risque d’erreur judiciaire. De plus, “administrer” la peine de mort coûte très cher et est sans effet dissuasif réel. Sur le plan humain, un meurtrier est malade. Je n’utilise pas le mot “malade” avec compassion, entendons-nous bien. Je l’emploie dans le sens de psychopathie et sociopathie : ce sont des maladies.
Le danger ici dans le débat demeure les exemples : Guy Turcotte, Paul Bernardo, Marc Lépine. Le danger réside dans le soulèvement des passions et de l’indignation générales, nous le serions à moins, mais nous perdons la tête. Oui ces êtres ignobles ont sauvagement tué. Et la peine de mort les tuerait pour les punir. Je ne comprends pas : s’il est sauvage pour eux de tuer, pourquoi le même phénomène serait plus acceptable du côté de la justice. Le concept en soi ne fonctionne pas selon moi. Une fois mort, ils ne ressentiront plus rien. Quelle délivrance pour eux.
La peine de mort : décider de la vie ou de la mort d’une autre personne. Le suicide assisté : décider de la vie ou de la mort de soi avec l’aide d’une tierce partie. L’euthanasie : décider d’arrêter les souffrances de quelqu’un qui n’a plus de qualité de vie. Ce sont des définitions personnelles dans lesquels nous trouvons deux points communs : la mort et la décision. Les décisions seules ne sont pas toujours difficiles à prendre, mais dans le cas de décider de la mort : il n’y a pas de retour en arrière.
Le suicide assisté a une étape supplémentaire à l’euthanasie : la prise de décisions sur sa vie d’abord et la mise à mort lorsque la personne n’a plus aucune qualité de vie, selon son choix, par la main de quelqu’un d’autre. L’euthanasie : la personne sans qualité de vie n’a pas pu se prononcer avant d’être gravement malade sur son désir de mourir lorsqu’elle sera maintenue en vie par des machines. Alors les proches prennent la décision.
J’ai de la difficulté à ordonner ces concepts dans ma tête parce qu’il y a trop d’arguments contres : que faire si 5 ans plus tard la science trouve finalement le remède à la maladie qui condamnait 5 ans plus tôt. Que faire si les recherches sur les cellules souches aboutissent et permettent la régénérescence de la moelle épinière ou des cellules du cerveau : allons-nous regretter d’avoir voulu mourir ou d’avoir euthanasié un proche? Nous ne pourrons pas nous dire : flûte de zut, avoir su nous aurions pris une décision différente.
Encore une fois, utiliser des exemples pratiques brouilleront les émotions et il sera difficile de légiférer en la matière. Les Lois, à mon avis, devraient d’abord être écrites sur des idées, des concepts, des points de vue. Lorsque nous pouvons définir les termes et appliquer les nuances nécessaires de façon générale, nous pouvons ensuite tenter de placer l’exemple d’une vie réelle dans ces concepts et prendre une décision : mais j’avoue que c’est moins vendeur pour les médias.
Décider de la vie ou de la mort d’un être vivant implique une immense responsabilité. Que ce soit une décision pour soi ou pour d’autres, il n’y a aucune place à l’erreur.
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Une chose est certaine: le sénateur n’a jamais regretté son propos, car quelques heures à peine après s’être excusé, il se promenait fièrement avec les courriels en sa faveur. Quant au suicide assisté, je vois cela comme un pacte entre un malade et son médecin qui avec le risque de se tromper est personnellement convaincu que la personne concernée a de fortes chances de ne pas mourir dans la dignité. Une législation pourrait par exemple obliger ce médecin à consulter avant de poser son acte. Il faut trouver un équilibre entre la responsabilité individuelle et celle d’une société à mon avis.
Ouf, voilà une opinion qui me touche très profondément, désolée de le dire. @Gillac a raison de dire : «Quant au suicide assisté, je vois cela comme un pacte entre un malade et son médecin qui avec le risque de se tromper est personnellement convaincu que la personne concernée a de fortes chances de ne pas mourir dans la dignité.»
Ayant été témoin impuissant de cette forme de «départ», et qui plus est, au sein même de ma famille, c’est une expérience qui laisse des traces et dont il est difficile de se défaire. Non pas par le fait qu’on assiste au début du processus de fin de vie d’un proche, mais parce que l’on se retrouve impuissant à agir pour «sauver» l’autre. J’estime qu’il avait le loisir et le droit de prendre sa décision et je cautionne les raisons qui l’ont motivé à «prendre cette décision».
Il faut «aimer» pour en arriver à accepter de voir l’autre quitter cette vie en toute dignitié et sérénité. En somme, avoir du respect envers cette personne pour ce qu’il est, ce qu’il veut et ce qu’il pense.
Ce reviendrait à dire qu’individuellement, nous ne sommes pas autorisées à décider pour soi-même ?
Puis-je suggérer le site de l’Association Québécoise pour le droit de mourir dans la dignité?
Le Manifeste est particulièrement bien.
Voici un point de vue qui me semble très pertinent sur le sujet : http://m.ledevoir.com/politique/canada/342582/point-chaud-un-mepris-total-de-l-humain