Éthique et quoi, déjà?
Suite à la décision rendue par la Cour Suprême dans le dossier opposant des parents catholiques (voir plus catholiques que le pape) à la Commission scolaire des Chênes, tout le Québec y a été de son grain de sel et de son opinion sur la question. Pourquoi ne pas en rajouter une couche? Allez vous fouetter avec vos rosaires, faites-vous aller la laïcité et asseyez-vous, on va se faire un bon petit débat bien de chez nous.
Le cours d’éthique et culture religieuse (ECR) ne brime donc pas la liberté de religion de personne. C’est un creuset où se fondent religions monothéistes, spiritualité autochtone et quelques notions de base d’éthique, mais sans prosélytisme. Mes garçons du moins ne m’ont pas demandé à vivre la cérémonie du Brit Milah et semblent toujours aussi joyeusement athées, bien qu’un peu plus éveillés au sujet de leurs racines amérindiennes.
Les objectifs du programme sont louables: “rassembler ses idées et de les exprimer avec respect et conviction” et “s’épanouir dans une société où se côtoient plusieurs valeurs et croyances” notamment. N’empêche, pour certains ça demeure du pelletage de nuage. La CAQ, par la bouche d’Éric Caire, a précisé vouloir revoir la place de l’enseignement de la religion à l’école, et même Richard Martineau se jette dans la mêlée en ne comprenant pas pourquoi on enseigne la religion à l’école lorsqu’il y a des besoins plus criant.
Je suis presque d’accord avec Martineau là-dessus mais je me garde une petite gêne, ne serait-ce que pour ce léger détail: on s’apprête à joyeusement larguer le bébé avec l’eau des fonts baptismaux. Pensez-y un instant: et l’éthique, qu’est-ce qu’on en fait?
L’éthique? Mais pourquoi faire? L’éthique offre justement la réflexion sur les cadres normatifs nécessaires à la vie en société, qu’elle soit laïque ou multiconfessionnelle. Qu’on soit ou non à l’aise avec cette idée, historiquement le cadre normatif a été développé très intensément (voir absurdement) par le phénomène religieux. Mais, précisons-le, pas exclusivement par celui-ci. Bref, pour remettre cette question en perspective historique, il est nécessaire d’aborder l’existence des religions et de leur rôle (positif ou négatif) dans le développement de l’éthique.
Contrairement à la morale et à ses dérives parfois manichéennes, l’éthique force la réflexion et pourrait se pencher, par exemple, sur des questions aussi insignifiantes (et relevant assurément du pelletage de nuage) que celles-ci:
- Est-ce acceptable d’accepter des contributions en argent comptant pour sa campagne électorale?
- Est-il correct pour un élu de changer de parti politique en pleine session parlementaire?
- Le recours aux informations potentiellement obtenue sous la torture, sans en avoir la certitude, est-il toujours injustifié?
- Pouvons-nous nous approprier des informations sur les activités virtuelles d’un citoyen sans son consentement?
- Détruire une banque de données construite à grand frais sans offrir la possibilité aux parties prenantes de récupérer l’information est-il préjudiciable à ces dernières?
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“Malheureusement, “Éthique et culture religieuse” sous-entend que ces deux variables sont en quelque sorte complémentaires, liées,(…)” FAUX! le “ET” est important. Éthique ET culture religieuse. Les contenus sont indépendants l’un de l’autre.
Moi j’aime ce cours. Et il n’est en rien un cours d’enseignement religieux. C’est un cours d’Histoire qui a pour vertu de demystifier la religion du voisin et de l’humaniser.
Quand des insignifiants comme Martineau dégueulent leur rhétorique haineuse et que mon fils est à risque de le lire ou de l’entendre, je suis heureux qu’un prof ait pris la peine de lui expliquer qu’être Musulman, c’est adhérer à une confession religieuse, et non se préparer à enfiler une ceinture d’explosifs.
Je suis d’accord avec la suggestion finale du pas de plus. Merci pour cette belle reflexion.