Rubans roses, billets verts.
Le 3 février prochain, l’ONF diffusera un film de Léa Pool au Festival international du film de Toronto (TIFF). “L’industrie du ruban rose” pose la question que je me pose depuis des années: qui profite le plus de la campagne du ruban rose?
Je me souviens de ma grand-mère qui nous donnait des stylos roses achetés chez Avon. Ils étaient ornés d’un ruban rose. Elle nous les achetait spécifiquement parce qu’une partie des profits allait à la lutte contre le cancer du sein. Je trouvais plutôt brillante l’idée pour une compagnie de cosmétiques et qui s’adresse aux femmes, de créer un produit pour amasser des fonds dans le but d’éventuellement éradiquer une maladie qui les touche directement. C’était la première fois que je voyais ce type de produits pour cette campagne. De fait, c’était la première fois que j’entendais parler de la campagne du ruban rose. Au fil des ans, et avec la prolifération des produits roses enjolivés du célèbre ruban, j’ai un peu changé mon fusil d’épaule. J’ai depuis longtemps l’impression qu’on se sert de cette maladie pour faire des profits, et que la collecte de fonds est accessoire. S’il faut qu’un marteau soit rose pour que la femme se sente l’obligation morale de s’en procurer un, soit.
En visionnant un extrait du film de Mme Pool, que l’on peut voir ici, on comprend que les profits générés par la vente de produits roses de toutes sortes sont gigantesques, par rapport aux fonds versés aux organismes tels la Fondation du cancer du sein du Québec et la Société canadienne du cancer. Chez Yoplait spécifiquement, lors d’une campagne de financement en 2010 aux États-Unis, on avait émis un plafond de dons de $80 000 lors de la levée de fonds. Au delà de ce montant, tous les fonds amassés était versé directement aux actionnaires. (Elle Québec, février 2012) Le site officiel de Yoplait indique pourtant que “Ce sont ainsi 1,6 millions de dollars qui ont ainsi été récoltés en 2010.” Les consommatrices ont donc enrichi les actionnaires de Yoplait, pensant donner à la recherche.
Les femmes sont de plus en plus nombreuses à se sentir utilisées pour cette campagne de financement. Et je suis du nombre. La vue d’un produit rose, plutôt que de m’encourager à l’acheter par solidarité envers mes consoeurs, m’agace au plus haut point. J’ai l’impression que les compagnies ont compris comment faire de gros sous en profitant d’une maladie dont les femmes ont, avec raison, très peur. On vise les achats impulsifs, émotifs. Règle générale, ce genre d’achat implique aussi une arnaque. Peut-être pas toujours une grande arnaque, mais tout de même.
Je n’ai jamais souffert de cette terrible maladie, j’espère ne jamais avoir à y faire face. Mais si un jour j’en suis atteinte, je ne veux surtout pas me faire assaillir de cossins roses. Et si, comme 88% des femmes atteintes du cancer du sein, j’y survis, je ne participerai pas aux marches de l’espoir. Je ne porterai pas le chandail rose des survivantes. Je n’irai pas dire aux autres femmes malades de ce mal maudit que c’est correct, tout va bien. N’ayez pas peur, ayez confiance, gardez espoir et vous guérirez vous aussi. Je ne leur dirai pas de continuez d’acheter des gugusses roses pour assurer leur avenir.
Le cancer, c’est horrible. Ce n’est pas une occasion d’affaire.
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Votre billet soulève effectivement un malaise qui, je n’en doute pas, doit aussi être fort présent dans le cas des autres campagnes du “human interest”.
Évidemment, toute les causes sociales et caritatives sont à la base très justes et socialement honnêtes. Le problème, c’est que ce ne sont pas les causes qui soient malhonnêtes, mais bien les individus qui en sont derrière.
Il est déplorable de constater que le but premier de ses campagnes soient détournés. Il y aura malheureusement toujours des opportunistes pour en profiler.
Dans l’intérim, souhaitons que ce film puisse encourager les principaux acteurs à repenser “l’Industrie de la compassion”, afin de s’en ressaisir à ses justes fins.
Faudrait vérifier s’il n’y a pas quelque chose qui s’approche de la fausse représentation là-dedans… Je comprends le concept de frais d’administration ou même de frais de représentation ou de marketing, mais là…
- Mazz
Un de mes amis gérant dans un gros bar de danseuses nues voulait faire une semaine spécial pour le cancer du sein avec le ruban rose et leur donner 1$ par consommation vendu pendant 7 jours. Cela aurait fait un beau gros montant d’argent à donner, dans les 5 chiffres. Vous savez quoi, l’organisme à levé le nez et a refusé. C’est un organisme de snob qui a trop d’argent et d’importance…
On les accuses d’arnaquer les gens pour avoir de l’argent à tout prix et quand il refuse de l’argent d’une industrie qui se sert des femmes comme d’une marchandise on devrait aussi les dénoncer??? Faudrait savoir ce qu’on veut… Je pense que c’est beaucoup plus les entreprises qui essaient de nous vendre leurs “gogosses” rose qui posent problème que les Fondations qui reçoivent une partie des revenus pour faire leur travail!
Merci excellent texte qui fait réfléchir
@Mylène Charbonneau: Ce sont des femmes qui travaillent dans ces établissement, juste de même en passant. Il n’y a pas de catégorie de femme, il y a seulement DES femmes. Si un établissement érotique veut donner de l’argent pour la recherche c’est à l’organisme de l’accepter et ne pas lever le nez sur de l’argent légal. Est-ce que la marchandisation des hommes est meilleur? deux poids due mesures? http://www.281.ca/html_fr/accueil.htm#don
Le Ruban Rose est une arnaque pure et dure.
@JFC: Lisez cet article, paru dans la Gazette des femmes. On y explique clairement pourquoi ce genre de partenariat est refusé. Compte tenu qu’on lutte contre la “glamorisation” de cette maladie à la Fondation du cancer du sein du Québec, je comprends leur décision. http://www.gazettedesfemmes.ca/5665/cachez-ce-ruban-que-je-ne-peux-plus-voir/
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