Publie le: , 6, 2012

Le mur du non

Oui! par Môsieur J (http://www.flickr.com/photos/jblndl/)

Les fédéralistes de tout acabit ont foncé sur les déboires du PQ comme des charognards affamés sur une carcasse encore fumante laissée là par un prédateur repu. Les nombreux conflits internes qui secouent le parti depuis des lunes ont été interprétés comme une victoire de l’État du Canada sur les séparatistes, comme un retour du bon sens dans l’esprit des égarés. Et comme pour confirmer leur théorie, la déroute du Bloc aux dépens du NPD lors des élections fédérales du printemps dernier a aussi été vue comme le clou du cercueil qui scelle une fois pour toutes le sort du démembrement de la fédération.
On se réjouit dans le ROC de voir les brebis égarées rentrer au bercail et cette réjouissance frôle à l’occasion le triomphalisme navrant du mauvais gagnant. On entend de plus en plus souvent que la souveraineté est morte de la part des commentateurs de la droite comme de la gauche, libéraux et conservateurs.
Logiquement, si la souveraineté est morte et enterrée comme le croient les fédéralistes, c’est que le fédéraliste est de retour en force et nous devrions donc être en mesure d’en mesurer les effets partout dans la population. Qu’en est-il vraiment?
Je crois que c’est ici que tout cet échafaudage fédéraliste s’effondre. Le fantasme de la grande fédération unie et canadienne jusqu’au bout des ongles ne survie pas à l’analyse. Il n’y a pas de recrudescence fédéraliste, pas plus d’attachement au Canada qu’avant cette suite d’épisodes loufoques gracieuseté de nos politiciens préférés. L’effervescence canadienne ne s’observe pas, tant s’en faut. Les gens ne descendent pas dans la rue en masse pour hurler leur attachement au « plus beau pays du monde ». On ne voit pas davantage d’unifoliés qu’avant.
Mis à part quelques excités ici et là, quelques commentateurs politiques du ROC et autres illuminés anti-Québec, le fédéralisme m’apparaît tout aussi moribond que le souverainisme. Que se passe-t-il donc?
Je crois que la réponse est d’autant plus simple qu’elle explique à la fois la baisse d’intérêt à l’endroit de la souveraineté et la désaffection de la chose politique en général. Le peuple n’a pas tant abandonné la souveraineté qu’il a abandonné la res publica, la chose publique, et tout ce qui s’en rapproche. Ce n’est pas tant un abandon de l’option souverainiste au profit d’un fédéralisme renouvelé qu’un cynisme généralisé à l’endroit de la politique.
Je suis à peu près certain que si aujourd’hui le Québec était souverain, il n’y aurait pas plus d’intérêt à se joindre à nouveau au Canada et à reformer la fédération qu’il y en a à séparer le Québec du ROC.
Le peuple me semble beaucoup plus préoccupé par son porte-feuille que par celui des ministères sauf peut-être, et encore là je n’en suis pas convaincu, celui de la santé. J’en veux pour preuve le trafic incessant autour des centres d’achats et autre Dix30, temples de la consommation où le peuple va faire ses offrandes à l’autel des rabais. Le prochain match du Canadien interpelle bien davantage la population que le projet de loi 10 sur la justice criminelle, à mon grand dam.
Il ne faut pas s’en surprendre! Les politiciens sont les premiers responsables de l’état des lieux. Comment ne pas devenir cyniques à l’endroit du gouvernement quand, après avoir refusé pendant des mois de créer une commission d’enquête sur la corruption dans la construction, il commence par en créer une sans dent avant de se raviser et de finalement céder sous la pression populaire et celle beaucoup plus lourde et porteuse du corps judiciaire, afin de lui donner les pleins pouvoirs qui auraient dû lui échoir.
Et on ne parle pas encore du cirque qu’est devenue la période des questions tant à l’Assemblée nationale qu’au Parlement où tout un chacun y va des pires sophismes et de la partisanerie la plus crasse dans ses échanges avec ses pairs. Rien pour élever le débat ni pour redonner confiance au peuple dans ses institutions.
Je ne sais pas ce que nous réserve 2012. Qu’importe! Je m’inspirerai du grand humoriste américain, George Carlin*, et je m’assoirai au premier rang pour prendre un maximum de note.
—-
* « When you’re born you get a ticket to the freak show. When you’re born in America, you get a front-row seat. »

Je vis au Nunavik depuis maintenant plus de dix ans. Je travaille dans le domaine de l'éducation où j'ai enseigné pendant plus de dix ans avant de devenir directeur d'école. Aujourd'hui, je suis responsable de l'informatique pour la commission scolaire Kativik.

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