Réponses à « Doléances pour un Québec dépassé »
Jérôme Lussier a publié sur le site du Voir un texte nommé « Doléances pour un Québec dépassé ». Je crois que chacune de ses phrases mérite une réponse. Je ne lui ai pas demandé la permission pour le faire, au contraire de Jean-François Lisée, mais je l’ai fait quand même…
Ce n’est pas de l’idéologie de croire que le bilinguisme constitue un avantage et de vouloir en faire bénéficier ses enfants et ses concitoyens.
C’est premièrement une idéologie de croire que le bilinguisme au Québec est seulement une question d’anglais comme deuxième langue pour les francophones. C’est une idéologie de croire que l’anglais est essentiel à tous les francophones, comme si tous les aspects de la vie des francophones ne pouvaient se vivre pleinement sans une connaissance de l’anglais. Comme si, pour pointer l’aspect central de la propagande pro-bilinguisme, tous les emplois sans exception demandaient le bilinguisme (le marché de l’emploi le demande pour beaucoup aujourd’hui grâce au laxisme gouvernemental et des entreprises qui n’ont pas assez fait la promotion de la langue française au travail) : le service à la clientèle, et autre travail demandant vraiment la connaissance de l’anglais pour des raisons évidentes, ne sont pas une majorité des emplois au Québec à ce que je sache.
Ce n’est pas naître pour un petit pain de rêver que sa fille étudie à Stanford, que son fils travaille à Shanghaï, que son neveu boxe à Las Vegas ou que sa nièce défile à Milan.
Non, mais n’est-ce pas un peu proposer, en le formulant ainsi, que quelqu’un qui veut rester ici ne peut pas faire aussi de grandes choses, qu’il ne peut pas être heureux avec ses « petits » rêves?
Ce n’est pas une perversion de préférer Bon Iver à Paul Piché, Adele à Céline, les Beastie Boys à Loco Locass, mais d’aimer aussi Jean Leloup, Arcade Fire, Malajube et Beau Dommage.
Je suis d’accord. Mais il ne faut pas oublier que beaucoup de francophones n’aiment pas du tout les artistes qui chantent en français parce que leur oreille s’est (trop) habituée à l’anglais. Ça existe. Sans oublier certains anglophones qui ne sont pas du tout intéressés par ce qui se fait ici en français. Est-ce que j’ai le droit de trouver ça triste même si j’écoute majoritairement de la musique anglophone parce que je n’aime majoritairement pas la musique francophone d’ici qui s’est repliée sur la musique de feu de camp et l’insipide imitation de ce qui se fait ailleurs?
Ce n’est pas de la rectitude politique d’affirmer que les questions environnementales, culturelles et économiques de notre époque dépassent le cadre des politiques nationales.
Il n’y a pas encore vraiment de gouvernement mondial (le souhaitons-nous vraiment?), alors nous n’avons pas vraiment le choix de composer avec les politiques nationales et de même faire l’analyse du choc entre les politiques nationales, provinciales et municipales. Seulement se concentrer sur le monde, c’est faire l’économie de la réalité de la proximité.
Ce n’est pas une religion de constater que Facebook, Twitter et Internet permettent de découvrir et entretenir en temps réel des communautés qui se moquent des frontières.
Et il est tout à fait possible de se servir de ces outils pour se créer un réseau francophone par exemple, même seulement québécois francophone si on le désire. La liberté peut se rendre dans ce sens aussi. Mais bon, le mépris à peine voilé de ceux qui vont dans l’autre sens a parfois de la difficulté à se contenir…
Ce n’est pas cynique de rappeler que l’univers ne commence pas à Hull et qu’il ne se termine pas à Gaspé et que les lois et les espoirs du Québec n’ont pas de portée extra-territoriale.
Quand je parlais de mépris…
Ce n’est pas une trahison de concéder que le Québec ne représente que 0,1% de l’humanité et que son statut constitutionnel n’y est pour rien.
Mais c’est bien trop regarder notre situation de haut pour je ne sais quel but (même si j’ai un doute de quel but il s’agit…). À ce compte-là, notre bonne Terre est immensément plus une goutte d’eau dans l’océan…
Ce n’est pas naïf de dire que le Québec a autant sinon plus besoin du reste du monde que le reste du monde a besoin du Québec.
À ce que je sache, le Québec n’a jamais été en autarcie donc il est clair pour moi que cette phrase vise plus amplement la donnée culturelle. Serait-ce une lecture trop négative que d’y lire un dénigrement de notre culture?
Ce n’est pas de la haine de soi de contempler sans complaisance ce qui pourrait rendre notre langue et notre culture sans attrait pour des immigrants ou des visiteurs.
Cela est la constatation que le Québec ne pourrait être qu’utilitaire pour des immigrants (gagner un meilleur niveau de vie, c’est tout). Au-delà de cette triste constatation qui me semble réaliste, voulons-nous vraiment cela? Mais le gros problème avec cette phrase, c’est que la question de savoir si notre langue et notre culture serait ou non sans attrait se pose parce que le Québec est une province dans un Canada majoritairement anglophone et qui fait la promotion du choix linguistique dans son approche avec les immigrants. Il n’y aurait pas d’équivoque pour un migrant qui choisirait un pays nommé Québec. Pour ce qui est d’un visiteur, il a tout à fait le loisir de venir cracher sur nous si ça lui chante…
Ce n’est pas déplacé de suggérer que le copinage, la corruption, les mauvaises écoles et les hôpitaux dysfonctionnels nuisent davantage au Québec que l’université McGill.
Comparer des bananes avec des oranges, tant qu’à y être?
Ce n’est pas fédéraliste d’être exaspéré par ceux qui parlent davantage de la Nuit des longs couteaux que du décrochage, du soin des personnes âgées et du suicide au Québec.
Moi je suis exaspéré par ceux qui voudraient enterrer un problème au nom d’autres problèmes qu’ils trouvent plus important à leurs yeux. Ce qui est fédéraliste, c’est justement de vouloir gommer certaines parties de l’Histoire et de ne pas vouloir que l’indignation se perpétue dans le temps.
Ce n’est pas de l’àplatventrisme de refuser d’imposer sa langue à quelqu’un qui la rejette, comme on refuserait de forcer une femme à nous aimer si on échoue à la séduire.
La différence, c’est que l’auteur va sûrement vouloir loin de lui cette femme qui lui a refusé son amour alors qu’il va parler avec plaisir anglais avec l’autre… La comparaison ne tient pas la route. Bien au contraire, il démontre que les unilingues et autres allophones qui ne veulent rien savoir du français sont dans une dynamique de rejet de la société dans laquelle il sont, et il est entièrement d’accord avec ça!
Ce n’est pas être à genoux de respecter la liberté des autres comme on souhaiterait qu’ils respectent la nôtre.
C’est bien malheureux de ne pas avoir ici pointé de quoi il s’agit exactement. Mais je lis entre les lignes qu’il s’agit de la question linguistique. Alors, si dans notre monde on nous impose (par la propagande pro-bilinguisme mondialisante) le fait de savoir parler anglais pour pouvoir respecter au final le choix des anglophones et des allophones de ne pas parler français au Québec, n’est-ce pas là la preuve que le concept de liberté au niveau linguistique ne peut pas être réduit à un énoncé aussi simpliste? Et, concernant l’apprentissage de l’anglais, il faut bien sûr avoir le moins d’accent possible, puisque c’est hautement honteux d’avoir un accent français au Québec!
Ce n’est pas du nombrilisme de considérer qu’il y a, en matière culturelle, une sphère intime qui échappe autant à la supervision de l’État que la chambre à coucher.
En effet, mais ne serait-ce pas en même temps nier l’influence extérieure de cette sphère intime que de le formuler aussi sommairement?
Ce n’est pas être défaitiste de plaider que, même dans la défense d’une langue et d’une culture, la fin ne justifie pas toujours les moyens.
Voilà la preuve que parfois une simple phrase égare la pensée plus qu’elle ne la fixe…
Ce n’est pas être vendu de douter de l’utilité d’une politique d’hostilité envers les serveuses anglophones comme mode de promotion de la langue officielle.
J’en doute aussi, mais je ne doute pas que si elles étaient mises en situation plus souvent de devoir parler français, elles seraient bilingues elles aussi.
Ce n’est pas être colonisé de parler anglais à l’occasion à Montréal, une ville qui a toujours été bilingue et cosmopolite.
Quiconque à le droit de parler anglais n’importe où. Être colonisé, c’est de ne pas être capable, parce qu’on est soi-disant amoureux de la liberté, de poser des gestes pour montrer l’importance du français comme langue commune alors que cette attitude est aussi une preuve de la liberté de chacun d’envoyer un signal clair.
Ce n’est pas de la gentillesse excessive de tolérer sans colère la présence de gens dont la langue, les idées et la culture diffèrent des nôtres.
Je ne crois pas qu’il est question ici de gens avec lesquels il n’y a aucun moyen de communiquer (donc l’auteur doit parler de gens avec lesquels il peut échanger quand même en anglais). La seule colère acceptable serait donc celle concernant une impossibilité de communiquer. Et la colère d’un unilingue francophone ne pourrait être acceptable puisqu’il est en soi coupable de ne pas avoir appris l’anglais… Sinon, il faut accepter avec bonne humeur les ghettos qu’a bien heureusement participé à créer le multiculturalisme canadien… (Les deux dernières phrases sont à lire avec en tête le mode ironique.)
Ce n’est pas de l’amnésie de revendiquer pour les Québécois d’aujourd’hui une identité qui n’est plus celle de leurs ancêtres de la Nouvelle France.
Bien d’accord. Ce n’est même pas contradictoire avec une position de défense du fait français que l’on pourrait qualifier d’extrémiste du côté des amants du multiculturalisme et du bilinguisme (obligatoire).
Ce n’est pas une hérésie de supposer qu’une nouvelle génération se reconnaisse davantage dans certaines valeurs universelles que dans un désir d’homogénéité culturelle.
C’est un discours bien pensant que de mettre en contradiction ainsi les valeurs des mondialistes et des nationalistes comme si un excluait nécessairement l’autre. Ouverture contre fermeture. Selles de boeuf! (Et s’il faut que je traduise : bullshit!)
Ce n’est pas de la propagande de soutenir que le contrôle politique, culturel et linguistique ne peut plus s’exercer en 2011 comme en 1971.
Bien sûr, car les rapports de force ne sont plus les mêmes. Et cela dépend aussi toujours de l’analyse qu’on en fait. Avec la mondialisation, l’omniprésence de la culture états-unienne et l’anglomanie mondiale, on ose penser et dire qu’en 1971 c’était trop… alors que la mollesse actuelle est toujours trop…
Ce n’est pas déconnecté de sentir, comme Dany Laferrière, qu’il est urgent de “sortir le Québec du Québec”.
Ce n’est pas déconnecté de sentir qu’il faut aussi garder un pied dans le Québec. L’équilibre, toujours l’équilibre.
Ce n’est pas complexé d’être convaincu que le Québec est plus fier quand il affronte la concurrence et triomphe que quand il s’isole et se déclare gagnant.
J’aimerais savoir où le Québec s’isole et quand il « se déclare gagnant »? Il est bien évident que cette phrase s’est construite dans l’optique où la fierté québécoise (qui n’est pas la même que la fierté d’être un terrien) est contre-productive.
Ce n’est pas faible d’imaginer que nous sommes plus forts quand on montre ce qu’on sait faire que quand on interdit aux autres de faire différemment.
Encore ici un talent certain pour mettre en contradiction deux notions qui ne devraient pas l’être. Et puis, en réalité, je ne comprends pas où « on interdit aux autres de faire différemment ». Encore un problème avec cette idée d’essayer d’être clair avec seulement une phrase. L’idée est bonne, mais elle a ses limites…
Ce n’est pas suicidaire de proposer que le Québec a plus à gagner à participer à la mouvance contemporaine qu’à tenter en vain de se protéger du reste du monde.
Le Québec ne participe pas déjà « à la mouvance contemporaine »? Force est de constater que la vision de l’auteur par rapport au Québec est sombre et aveuglée par on ne sait trop quoi. Une minorité d’anglophobes primaires qui l’ont trop impressionné? Quelques nationalistes ultraconservateurs qui ne jurent que par leur petit bout de campagne québécoise et qui seraient pour lui extrêmement représentatifs du portrait collectif québécois?
Et puis, pour revenir à la langue, n’est-ce pas un discours qui occulte le fait que, dans le « reste du monde », il y a des pays pour donner du chien à leurs politiques linguistiques, et même des pays anglophones?
Il n’est pas question de se replier sur soi ni de rejeter les autres. Mais bien de clarifier le contrat social pour faire en sorte que soit sans équivoque la volonté que la langue française continue de s’épanouir auprès de tous les habitants du Québec comme langue de communication commune et véhicule de la culture d’ici, au moins ici (il serait naïf de croire qu’on pourrait exporter notre culture majoritairement en français québécois, l’histoire ne nous ayant pas donné autant raison que les colonies britanniques). J’écris « la volonté », mais il est certain que ce n’est pas partagé par tous, les propos de Jérôme Lussier en faisant foi.
Alors, il est bien triste de constater qu’une partie de la nouvelle génération, ainsi que bien des gens des autres générations, ne se rend pas compte du piège dans lequel elle a mis le pied. Un gros oui à l’ouverture aux autres, mais cette ouverture à une limite, et c’est celle de ne pas se nier soi-même pour accommoder le mépris ou la paresse des autres.
Parce que je crois que nous sommes importants à notre façon, pas seulement une vulgaire tache dans l’Histoire.
Pour continuer votre lecture, un texte essentiel : http://danslebayou.com/2011/12/07/les-imbeciles-heureux/
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Je me suis lasser très vite du texte de Lussier et de sa formulation en «ne pas».
Ce qui m’a surtout frappé, c’est que son texte semble plaire beaucoup aux libertariens et autres Réseau Liberté.
Merci d’avoir pris le temps d’y répondre.
Merci, merci, merci Renart! Surtout d’avoir souligné tout le mépris du texte de Monsieur Lussier et d’y avoir opposé quelques arguments de liberté!
Et M. Lussier, c’est votre discours de “citoyen du monde” qui est dépassé. C’est une version à la sauce d’aujourd’hui, d’une vieille rengaine qu’on nous sert depuis des lustres! On peut être ouvert sur le monde ET aimer notre culture, notre identité québécoise avec passion tout en souhaitant protéger sa langue. L’un n’empêche pas l’autre.
Et je ne suis pas une “babyboomer”.
[...] [...]
Ce qui me fascine dans le texte de Lussier (et de tous ceux qui l’acclament), c’est que j’ai une question à laquelle il (ils) ne répondra (répondront) jamais. Écrirait-il la même chose s’il était Japonais, Allemand, Américain ou Serbe? Non, bien sûr, parce que de 1) ils ont réglé leur question identitaire puisqu’ils sont indépendants depuis fort longtemps et de 2) ils sont fiers de ce qu’ils sont. Ce que je dénote dans le texte de Lussier pue la haine de soi à 100 miles à la ronde. Un peuple moindrement fier n’aurait aucun problème à concilier la protection de son patrimoine tout en s’ouvrant sur le monde. Il dénonce donc le repli sur soi au profit d’un repli sur le monde (effacer son identité nationale au profit d’une… identité mondiale?). Bizarre, car tant de pays ont réussi ou travaillent à jumeler les deux. Il y a juste au Québec où il faudrait se rendre le plus invisible possible… Il y a un mot qui n’a pas été utilisé par Lussier et qui pourtant décrit très bien sa position, celle d’un peuple qui a TELLEMENT peur d’exister alors que tant d’autres se sont battus jusqu’à la mort pour subsister: pleutre.
Je n’ai jamais été aussi Québécois que depuis que je travaille à Toronto et ne parle presque exclusivement qu’anglais au quotidien.
“Le Québec, selon moi, a besoin de sortir du Québec.” Il y a plus de substance dans cette phrase quand dans l’ensemble de cette « réponse ».
L’identité Québécoise est tellement plus large que la langue. Il y a tellement de meilleurs moyens de promouvoir le français que la coercition. Notre obstination à se sentir menacés, offensés et indignés par tout ce qui est différent (gens, langues ou simplement opinions), ne sert pas notre cause et contribuent à cet isolement que vous ne sauriez voir…
Personne n’est forcé à apprendre l’anglais, comme personne n’est forcé à apprendre la biochimie moléculaire, l’algèbre, la conduite automobile, l’écriture ou comment faire un sandwich au beurre d’arachide. Au final, si un allophone vivant au Québec choisit de ne pas apprendre le français, il se met dans une situation similaire à celle du francophone qui décide de ne pas apprendre l’anglais dans le monde d’aujourd’hui… dans les deux cas, le grand perdant c’est l’individu qui refuse d’apprendre, et dans les deux cas, ce n’est pas le problème de la majorité qui parle l’autre langue…
Claude Gillet,
« Ce qui m’a surtout frappé, c’est que son texte semble plaire beaucoup aux libertariens et autres Réseau Liberté. »
c’est bien certain, parce qu’il parle de leur définition de la liberté qu’ils tiennent pour la seule et la bonne.
Linda Labrosse,
« On peut être ouvert sur le monde ET aimer notre culture, notre identité québécoise avec passion tout en souhaitant protéger sa langue. L’un n’empêche pas l’autre. »
le pire, c’est qu’ils diront bien sérieusement qu’ils pensent la même chose…
Alexandre Roberge,
ce qui est certain aussi, c’est qu’ils sont contre le projet de souveraineté, qui pourtant mettrait tellement de choses au clair…
O. Rouleau,
premièrement, il n’est pas besoin de sortir du Québec pour avoir un regard juste. Un regard différent, je l’admets, mais plus de qualité, non. On a encore la liberté de ne pas désirer sortir du Québec et même de rester dans la même ville toute sa vie si ça nous plaît ainsi.
« Personne n’est forcé à apprendre l’anglais »
Il faut vraiment être aveugle pour écrire ça sérieusement. Tout est mis en place dans notre société pour que les gens se rendent à l’évidence qu’il FAUT apprendre l’anglais. On m’a même suggéré à maintes reprises qu’il fallait que TOUS les Québécois francophones soient bilingues parce qu’il n’y a que des avantages à l’être alors qu’être unilingue n’a que des désavantages (je préfère qu’on me parle en terme de choix au lieu d’avantages/désavantages — et ce discours pro-bilinguisme m’apparaît très évangélisateur, très Témoins de Jéhova). Même par exemple mes propres parents qui ne gagneraient qu’au final l’opportunité d’écouter encore plus de télé états-unienne alors que ce n’est pas vraiment dans leur projet de vie et qu’ils sont très heureux seulement en français. C’est tellement dans les moeurs que même nos chaînes de télé francophones « oublient » de temps en temps de sous-titrer ce qui se dit en anglais, parce que de toute façon tout le monde devrait comprendre… alors que ce n’est pas le cas… encore!
« Au final, si un allophone vivant au Québec choisit de ne pas apprendre le français, il se met dans une situation similaire à celle du francophone qui décide de ne pas apprendre l’anglais dans le monde d’aujourd’hui… »
Dans le cas où le contrat social était en phase avec le fait que le Québec est une province francophone (laissons de côté le fait que le bilinguisme canadien s’effondre…), il n’y aurait que l’allophone d’embêté, et il n’y aurait même pas besoin de coercition pour qu’il apprenne (et en passant, le concept de coercition à ce niveau n’est qu’un bel épouvantail qui vous sert bien, multiculturalistes…). Mais en ce moment, l’allophone n’est pas tellement embêté : il peut vivre dans son ghetto dans sa langue et baragouiner l’anglais puisque les gens qui travaillent dans les services à la clientèle, au privé et au public, se doivent de parler anglais. Pour ce qui est du français dans ces mêmes services à la clientèle, même Jérôme Lussier suggère qu’on devrait être ultra conciliant avec « les serveuses anglophones ». Ce n’est pas moi, ni les paranos de ma trempe qui les inventons, elles existent bel et bien!
Un unilingue franco c’est tellement vulgaire alors qu’un unilingue anglo c’est normal, et vous devez en croiser des masses à Toronto sans que ça vous ne fasse sourciller. Et ça me semble bien normal aussi puisque je suis autant d’accord avec l’unilinguisme francophone au Québec qu’avec l’unilinguisme anglophone dans le ROC! Et je suis tout autant en désaccord avec les francophones qui refusent d’apprendre l’anglais dans le ROC qu’avec les anglophones qui refusent d’apprendre le français au Québec. Et les allophones devraient apprendre le français au Québec et l’anglais dans le ROC, voilà! Et il n’est même pas encore question de coercition, simplement de logique…
Et si par hasard vous revenez me répondre, j’aimerais vraiment avoir une explication étoffée, avec mise en contexte mondial, national, provincial et municipal, à ce raccourci d’expression qu’est : « dans le monde d’aujourd’hui… » Parce que le monde d’aujourd’hui, nous avons toujours le choix de le subir ou de le modeler.
Bon, ma réponse a été avalée par le system/modérateur. Voici une deuxième tentative, avec une syntaxe plus propre.
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“Il faut vraiment être aveugle pour écrire ça sérieusement.”
Toute ma famille élargie, probablement une bonne centaine de personnes, ne parle exclusivement que français. Ça n’a rien de vulgaire. Ils fonctionnent très bien, ont une vie riche et sont très heureux. C’est un simple fait: Personne ne les a obligés à apprendre l’anglais. Point barre. Je n’ai rien contre l’unilinguisme francophone (ou anglophone).
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Pour le contrat social, je suis assez d’accord avec vous. Le brassage planétaire des populations est un changement qui affect pratiquement tous les pays, le Québec comme les autres (oui, je suis souverainiste) et cause des frictions partout dans le monde. La capacité réelle des populations hôtes à changer les gens, avec des conditions d’entrée ou autres, s’avère visiblement limité (c’est pareil à Paris et Shanghai). C’est une réalité avec laquelle il faut composer.
Chaque société est face à deux options : Restreindre le taux d’immigratation pour marginaliser les arrivants et les forcer à s’assimiler. Ou. Accepter des changements au tissu social et linguistique que certains perçoivent (à tors à mon humble avis) comme une dilution de l’identité québécoise.
La pensée magique, c’est de croire qu’il est possible d’accueillir autant de nouveaux arrivants tout en préservant une uniformité linguistique et/ou culturelle (à l’aide de lois ou autre).
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Coercition, nom féminin. Sens: Action de contraindre, droit de contraindre quelqu’un à faire quelque chose. Établir une loi qui force une serveuse à parler Anglais sous peine d’amande tombe sous cette définition. Ce n’est pas un épouvantail, c’est du vocabulaire.
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Pour l’explication étoffée de « dans le monde d’aujourd’hui », vous m’excuserai de ne pas avoir le loisir discourir exhaustivement sur tous les niveaux. Les délimitations géopolitiques et législatives n’ont d’ailleurs pas beaucoup à voir avec ce à quoi je faisais référence avec « ce raccourci ».
Je soulignais simplement qu’une tonne de choses ne sont disponibles que dans une autre langue et que choisir de ne pas apprendre cette langue c’est faire le choix de se couper de ces choses. C’est un choix que j’ai moi-même du faire pour plusieurs langues :
- Je dois attendre/espérer que les grands auteurs espagnols soient traduis pour les lire.
- Je dois demander sur des forums internet que des amis allemands me traduisent les règles de fantastiques jeux de plateau qui ne sont disponibles que dans cette langue.
- Et après avoir essayé en vain d’apprendre le Japonais, je dois me résoudre à écouter mes mangas avec des sous-titres.
- La langue la plus parlée mondialement est le Mandarin, mais je n’ai accès qu’à peu de matériel qui m’intéresse dans cette langue et je ne côtoie que rarement des unilingues chinois, donc c’est un choix facile à faire pour moi.
C’est un choix qu’il est aussi absolument légitime de faire pour l’anglais. Mais, dans le monde d’aujourd’hui, ou 90%+ du contenu et interactions facilement disponibles (pour moi cela veut essentiellement dire « en ligne ») est en anglais, on se doit d’admettre qu’il y a des conséquences et que les coûts sont plus élevés que pour les autres langues: opportunités d’emploi à l’étranger, opportunités d’affaires, participations à des communautés extraordinaires (www.boardgamegeek.com!), œuvres cinématographiques et littéraires non-traduites, documentation technique (je travail en informatique), interaction avec les douaniers américains, etc.
Forcément, on peut très bien vivre sans tous ca, mais ça ne veux pas dire que ces choses sont sans valeur. Si le français dominait la planète, je tiendrais un discours similaire à un habitant isolé dans une enclave anglophone du Wisconsin qui se refuserait à apprendre le français.
Mais dans le monde d’aujourd’hui, il s’avère que c’est l’anglais qui domine (essentiellement à cause du poids économique, et non démographique, des anglophones). On peut trouver ca moche, mais c’est la réalité dans le monde d’aujourd’hui… et pour pouvoir le modeler, il est toujours utile de se donner un maximum de chance de pouvoir y participer… Se restreindre géographiquement ou linguistiquement est un choix absolument acceptable, mais il ne faut quand même pas s’imaginer ou réclamer que ce soit un choix sans conséquence.
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C’est dans ce contexte que j’ai peine à condamné l’allophone qui se restreint au reste du monde (à l’anglais) au lieu d’apprendre le français. Mais je m’accorderai avec vous pour dire qu’il aurait été préférable et plus sage pour cette personne d’avoir choisit une communauté d’accueille anglophone…
Mais c’est trop tard dans beaucoup de cas. Nous avons laissé tous ces gens s’installer et s’organiser en communautés qui n’ont pas besoin du français malgré qu’elles soient géographiquement québécoises. Soit on accepte que cette réalité peut aussi être/devenir culturellement québécoise (mon choix personnel pour la langue), soit on s’organise pour que ces communautés ne soient pas/plus géographiquement québécoises (mon choix personnel pour la charia). Cependant, à mon avis, ce qu’il est difficile d’imaginer, d’espérer ou d’imposer, c’est qu’il soit possible de forcer les gens à changer à postériori ou même d’imposer le changement comme condition d’entrée… mais c’est malheureusement ce qu’on obstine à faire, et c’est la principale cause de toutes ces frictions.
Désolé pour le délai, merci pour ces explications qui me semblent très sensées. Pour bien y répondre je devrais composer un billet, ce qui n’est vraiment pas une impossibilité…