Le Canadien et le français : Cunneyworth est un prétexte

(Photo : cdn.nhle.com)

Au Québec depuis quelque temps, tu es indigné par un entraineur temporaire unilingue anglophone ou tu es indigné de voir tant d’indignation pour soi-disant pas grand-chose. Pour ma part, je suis surtout content de constater que pour une fois le hockey (le sport — pas le phénomène social) est presque seulement un prétexte.

Parce que oui le hockey est un catalyseur, je ne peux pas le nier, même si personnellement je ne m’y intéresse pas tellement. Dans le fond, le gros du débat en lien avec l’entraineur unilingue anglo concerne le fait d’y voir ou non seulement une question sportive. Si on y voit seulement une question sportive, c’est bien certain que le fait de la non-capacité de s’exprimer en français d’un entraîneur est hautement secondaire. Sans conteste, Randy Cunneyworth est un personnage interchangeable dans cette histoire. Mais j’ai l’impression que certains se rangent de ce côté parce que c’est une manière facile d’avoir un argument qui a l’air intelligent contre ceux qui voient dans cette situation une occasion de parler de la problématique linguistique.

Sinon, je crois qu’on sous-estime la population et sa capacité d’analyse. La question du fait français ressort de plus en plus de tous les côtés et je pense que cette histoire est seulement la goutte qui a fait déborder le vase. D’autant plus qu’il s’agit du Canadien de Montréal, point d’ancrage important de l’identité québécoise qui est, comme on le sait, historiquement récente.

Parlant d’Histoire, mon collègue Patrick Lévesque a soulevé le fait avéré que le « hockey est un sport d’anglophones, créés par des anglophones, pour des anglophones » et que le « peuple de Canadiens Français soumis et assimilé n’a vu dans ce club qu’un moyen de se valoriser aux yeux de la majorité dominante du pays ». Normand Lester a d’ailleurs soulevé la même chose avec sa chronique « Le club de hockey Canadien est anglophone depuis 70 ans. Réveillez-vous que diable! »

Le message est limpide, mais je ne crois pas qu’il réussit à mettre un terme au débat, au contraire. Cela ne fait que l’attiser. Croyez-vous vraiment que la majorité de la population amateur du CH va se faire enlever à grands frais le tatouage qu’il a sur le coeur pour cette raison? C’est bien beau l’Histoire, mais la relation entre le Canadien et les Québécois s’est actualisée jusqu’à aujourd’hui et là où le bât blesse il ne fait pas moins mal parce que l’historique du club l’explique.

Cette situation est la métaphore parfaite pour démontrer l’ignorance de certains décideurs quant à l’importance accrue du fait français au Québec. Il ne faut vraiment pas avoir de flair politique pour avoir pris la décision de nommer cet unilingue, même temporairement. C’était bien évident que ça allait réagir beaucoup plus fort que pour l’affaire de la Caisse de dépôt, simplement parce que le hockey est omniprésent et est même pour certains pratiquement le seul contact qu’ils ont avec la société.

Randy Cunnyworth est un prétexte, mais surtout une étincelle. Comme le souligne Josée Legault : pour « que MÊME la ministre de la Culture, autrement connue pour sa capacité exceptionnelle à faire du surplace entêté sur la question linguistique – dénonce la nomination de cet entraîneur unilingue anglophone », c’est que la situation est pour le moins sensible. Le ras-le-bol n’attendait qu’une occasion de se manifester, et elle a été servie sur un plateau d’argent.

Et je ne crois pas que de ridiculiser ce ras-le-bol en pointant le fait que c’est une nomination temporaire va aider la cause des amateurs de vin dilué à l’eau, le mal est fait. Espérons que cela portera fruit. Je vous laisse imaginer dans quel sens…

Cofondateur du site Le Globe. Blogueur depuis 2007. C'est maintenant ma manière principale d'être créatif, alors que j'ai touché à l'art visuel (études à l'appui), au chant, à la musique et à l'écriture plus fictionnelle. Justement, j'ai un roman en branle et j'espère pouvoir inscrire ici un jour que je suis aussi écrivain...

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Vos Commentaires 7 Commentaires
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  1. Maxime Laperle says:

    Le pire là-dedans, est attribué inutilement à Cunneyworth, parce qu’après tout, je le plains beaucoup. Randy Cunneyworth me parait comme un coach et une personne bien sympathique, s’il était un coach à Philadelphie, à New York ou à Los Angeles, il ne vivrait pas ce genre de déboire idiot et inutile. Il faut s’habituer au fait que ce ne sont pas tous les coachs qui sont Québécois, il y a aussi des Américains et des Anglais. Mais mise à part cela, le Français s’apprend très bien de manière orale, alors je ne m’inquiète pas pour lui. Qui sait vraiment ? Il va l’apprendre de Bob Gainey, dont ce dernier parle un excellent français.

  2. Le voisin says:

    Je renonce à commenter plus que cela la nomination d’un coach unilingue anglais chez le Canadien de Montréal… Mais quand notre gouvernement, ses agences et ses ministères, bafouent notre propre langue; quand nos propres députés fédéraux élus au Lac St-Jean ou ailleurs, posent leurs questions en anglais à la Chambre des Communes; quand nous switchons à l’anglais dès que nous croisons un «Québécois pas de souche», pourquoi demander à la famille Molson de nous respecter?

    Se respecter soi-même, puis exiger des autres, dans cet ordre.

  3. Renart Léveillé (rédaction) says:

    Maxime Laperle,

    si c’est vraiment un entraîneur temporaire, il va avoir temporairement le goût d’apprendre le français… ;-)

    Le Voisin,

    je suis bien d’accord avec la problématique soulevée, mais j’y vois un problème. Faut-il que tous les Québécois francophones sans exception se respectent pour pouvoir demander du respect des autres? Si oui, je suis pris avec mon propre respect et celui des autres de ma trempe sans pouvoir rien faire.

  4. gillac says:

    J’avoue un plaisir coupable à lire ou écouter les commentaires des fans de hockey. J’ai le sentiment qu’après avoir exercé des rôles subalternes toute leur vie, ils deviennent l’espace d’un instant des vrais boss et je vous assure, ils ont le congédiement facile. Pour un peuple qui vote un peu n’importe comment, en matière de hockey, contrairement à la politique, on ne leur passera pas n’importe quoi…

  5. [...] blogueur qui, de sa propre admission n’est pas amateur de hockey, l’a bien cerné : Cunneyworth n’est qu’un prétexte. Ce à quoi j’ai [...]

  6. [...] Cette situation est la métaphore parfaite pour démontrer l’ignorance de certains décideurs quan… [...]

  7. [...] Je vous laisse imaginer dans quel sens… Pour laisser un commentaire, suivre ce lien : http://leglobe.ca/blog/2011/12/le-canadien-et-le-francais-cunneyworth-est-un-pretexte/Your email:  TweetAuteur : Renart LéveilléVisit Renart Léveillé's WebsiteSuivre Renart [...]

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