Intimidation versus désaccords

 

Le sujet de l’intimidation est, j’espère, dans toutes les têtes depuis le suicide de la jeune Marjorie Raymond. Il nous rappelle que parfois trop prendre à la légère des sujets sérieux peut avoir des répercussions dramatiques. La procrastination, symptôme de cette vie complexe qui nous tente et nous occupe vers le divertissement et le travail rémunérateur, est à proscrire quand il s’agit d’un problème de la sorte. Et ces propos s’adressent tout autant aux parents (dont je suis) qu’à notre gouvernement. Espérons que la démarche de la mère de Marjorie Raymond ne sera pas dans un proche avenir paralysée sous le poids du temps qui sépare les drames funestes.

Dans cette guerre contre l’intimidation, il ne faut pas oublier le sens de la mesure. C’est l’intimidation et la provocation qu’il faut exclure, pas les désaccords entre les gens. C’est très humain de ne pas s’entendre… Et cela pointe tout à fait le problème plus général de gérer les désaccords.

Au-delà du problème relié à l’enfance et l’adolescence, nous serons toute notre vie confrontés à la mésentente et à l’antipathie dans nos rapports humains. Il s’agit alors de les alimenter ou non. C’est beaucoup plus facile d’en faire fi sur le web et sur les médias sociaux, et pourtant c’est bien là où le harcèlement s’accroche le mieux, à l’âge adulte. Peut-être est-ce l’impression d’avoir l’immunité dans sa bulle virtuelle qui agit comme un lubrifiant pour la colère et l’acharnement.

Le problème de base de nos jeunes, c’est qu’ils sont pris dans cette grosse boîte qu’est l’école pendant une bonne partie de la journée alors que sur le web, il faut vraiment choisir de se rendre jusqu’à l’autre. Les agresseurs ne sont alors pas dans une dynamique circonstancielle (ce qui n’excuse rien), mais tout à fait en mode chasse. Celui qui par exemple n’aime pas tel blogueur au point de déverser régulièrement sur lui sa haine où qu’il puisse le faire ne fait que nourrir comme un boulimique son sentiment d’antipathie. Certains d’entre eux auraient vraiment besoin d’aide au niveau psychologique, tout comme les jeunes qui sont pris dans le cercle infernal de l’intimidation d’ailleurs, les bourreaux comme les victimes.

Le mal-être est toujours le dénominateur commun de tous ces problèmes. Parce que la mésentente en soi est souvent une bonne occasion de se mesurer à soi-même, en choisissant d’être constructif au lieu d’être destructif. Et être constructif, c’est bien sûr être créatif, cela va de soi.

Il est triste de constater que le monde s’est beaucoup bâti sur des guerres, il serait peut-être temps de passer à un autre niveau.

 

(Image tirée de la revue Infirmière canadienne)

Cofondateur du site Le Globe. Blogueur depuis 2007. C'est maintenant ma manière principale d'être créatif, alors que j'ai touché à l'art visuel (études à l'appui), au chant, à la musique et à l'écriture plus fictionnelle. Justement, j'ai un roman en branle et j'espère pouvoir inscrire ici un jour que je suis aussi écrivain...

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Vos Commentaires 3 Commentaires
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  1. gillac says:

    Vous touchez là un vieux débat philosophique(que l’on retrouve même dans la Guerre des étoiles) voulant qu’on retrouve chez chaque être humain un côté obscur et un côté plus éclairé. Il suffit de peu de choses pour basculer d’un côté comme de l’autre comme par exemple vivre dans une société mêlée quant à ses valeurs fondamentales

  2. [...] tirée de la revue Infirmière canadienne)Pour laisser un commentaire, suivre ce lien : http://leglobe.ca/blog/2011/12/intimidation-versus-desaccords/Your email:  TweetAuteur : Renart LéveilléVisit Renart Léveillé's WebsiteSuivre Renart [...]

  3. CRNV says:

    Agir face à l’intimidation

    L’intimidation fait présentement « LA UNE ». Les gens s’expriment et demandent de l’action. Plusieurs organismes travaillent déjà sur des éléments de prévention de la violence, le développement de ces initiatives et leur harmonisation doivent devenir des priorités.

    Pour débuter, nous devons comprendre quelques notions. La violence est un phénomène qui trouve ses origines dans de multiples facteurs, les solutions passent par la combinaison adéquate de diverses actions, de divers moyens d’intervention. Un seul acteur, soit le gouvernement, l’école ou les services sociaux, ne pourra pas venir à bout de la problématique. Pour agir efficacement, il faut une mobilisation communautaire. La majorité des structures, des programmes et des expertises existent déjà; ces approches déjà ont été objet de recherches et de rapports. Il faut maintenant mobiliser les ressources et donner une meilleure cohésion à l’action.

    L’information et la sensibilisation ne suffisent plus. En ce qui concerne la prévention de la violence cette réalité est bien connue. Les adultes qui encadrent l’environnement social des jeunes doivent mettre leurs interventions au même diapason. Il est nécessaire de transférer de nouvelles compétences aux jeunes. Il faut mettre en place des moyens d’action pour permettre d’appliquer et d’assimiler ces compétences afin que les jeunes et le milieu les intègrent. Puis, finalement, il faut nous assurer que les moyens appliqués couvrent les divers milieux de vie de nos jeunes, de l’école, aux activités sociales et bien entendu la famille.

    L’école soutenue par sa communauté :
    La solution est entre les mains de l’école, soutenue par l’action communautaire. Déjà nombreuses sont les écoles qui ont compris que leur fonctionnement efficace dépendait d’une étroite collaboration avec les CPE, les organismes d’aide alimentaire, les organismes de sport étudiant, d’aide au devoir et les maisons de jeunes. Pour ces écoles, l’école soutenue par sa communauté est déjà une incontournable réalité du quotidien. La voie pour véritablement mettre en échec les gestes d’intimidation et de violence passe par une intensification de ces collaborations. Pour plusieurs intervenants sur le terrain, c’est dorénavant une évidence.

    Les moyens d’action :
    Ajustement de la structure scolaire : Les adultes sont au cœur de l’action. Ils doivent s’entendre sur le fait que les comportements violents sont une déviance sociale de nos jeunes, souvent lié à un encadrement social inadéquat. Ils reflètent très souvent une négligence de l’importance de l’autre pour soi, et d’importants manques dans la maîtrise des habiletés sociales indispensable au développement de relations harmonieuses. Grâce à la complicité et au soutien des parents et de leur communauté, nos écoles doivent s’outiller pour transférer ces nouvelles compétences aux jeunes. Les adultes doivent permettre à ces jeunes de les mettre en œuvre dans leur milieu de vie. Nos jeunes sont eux même la meilleure ressource d’intervention en prévention des violences qu’ils vivent.

    Harmoniser les pratiques : Tous doivent agir de façon cohérente. Le point de départ devrait être l’harmonisation des pratiques en gestion saine des conflits entre les intervenants scolaires, les surveillants de pauses, les services de garde, les services de brigadiers scolaires, les intervenants jeunesse dans les communautés et les parents. Ces personnes qui interviennent auprès des jeunes doivent comprendre que la seule imposition d’une discipline ne suffit pas. Il faut faire appel aux initiatives du milieu qui responsabilisent les jeunes. On doit faciliter le transfère aux jeunes de nouvelles habiletés et leur permettre de les mettre en application dans le quotidien. L’interaction continue entre ces intervenants dans un milieu donné est indispensable, et devrait être au cœur de la fonction des Conseils d’Établissement scolaire et des comités de parent de nos Commissions.

    Services d’assistance axés vers le soutien individuel : Les jeunes peuvent apprendre l’empathie. Plusieurs programmes en prévention de la violence ont été testés et ont montré leur valeur pour identifier les jeunes sujets à être victime, ou abuseur. Pour repérer les jeunes isolés et marginalisés dans les milieux scolaires on a déjà établis divers systèmes. Des boîtes postales permettant d’échanger des messages entre jeunes lors de journées propices et des activités sociales ayant pour but d’optimiser la participation de tous sont souvent organisées. Des services d’écoute jeunesse ont été offert par des jeunes à leurs pairs. Bien d’autres initiatives d’assistance responsabilisant les jeunes face aux autres fonctionnent dans nos écoles. L’identification avancée des jeunes vulnérables est une importante clé d’intervention face aux violences. Nos écoles possèdent les spécialistes capables d’appuyer ces actions.
    Programme d’estime de soi et de développement des habiletés sociales : Un jeune confiant en ses capacités pose rarement des gestes de violence. Nombreux sont les programmes de développement de l’estime de soi disponibles. Souvent ces programmes sont basés sur la mise en situation de conflit ou de tensions des jeunes. Les jeunes sont formés à reconnaître leurs forces, à savoir se mettre en valeur et s’affirmer. Ils apprennent aussi à être en mesure de gérer les situations de tension et de stress qui sont associées aux gestes d’affirmation de soi. Ces exercices de développement d’habiletés sociales sont souvent associés à un processus de familiarisation et d’acceptation des règles de vie d’un milieu. Plusieurs programmes de leadership travail en ce sens, en influant sur les comportements entre pairs et en développant la capacité d’écoute et d’empathie des jeunes. Les cours axés sur le développement des habiletés sociales travaillent déjà ces aspects dans le programme éducatif du Ministère.

    Services de gestion saine des conflits et de médiation par les pairs : La meilleure voie pour apprendre, c’est en aidant à solutionner les petites chicanes. Plusieurs de ces programmes ont été établis, et ce, dans de nombreuses écoles. Ces programmes sont efficaces car ils permettent aux jeunes de jouer le rôle de tiers dans un conflit, et de cette façon d’assimiler les compétences de gestion saine des conflits. La particularité de ces programmes est le fait que les jeunes apprennent assimiler les compétences de paix par l’offre d’un service concret à leurs pairs. Le jeune raffine les techniques d’écoute, de communication constructive et leurs habiletés à désamorcer les situations de tensions. L’expertise pour la mise en œuvre de ces approches est bien établie et documentée au Québec.

    Service d’accompagnement communautaire préventif : Il faut aussi agir dans l’environnement périphérique de l’école. Pour compléter les interventions en milieu scolaire, une structure efficace d’accompagnement communautaire préventive doit venir en appui. On doit s’assurer de la complémentarité de ces services avec les nombreux programmes qui prennent charge des jeunes en périphérie des activités scolaires, ce qui ne devrait pas représenter un défi insurmontable. Déjà, plusieurs projets d’harmonisation existent entre les services de garde, les programmes de brigadiers scolaires et les services d’aide aux devoirs. D’autres initiatives communautaires, capables de venir compléter cette prise à charge communautaire des jeunes sont en développement et en évaluation. Dans certaines régions, les maisons de jeunes prennent à charge les jeunes dès leur sortie de l’école dans le cadre des programmes d’aide aux devoirs. L’initiative Trottibus mise en place par la Société canadienne du Cancer pour les très jeunes du primaire peut jouer un rôle, et inspirer d’autres avenues d’accompagnement préventif. Le projet des Anges de la Sécurité du resto à Ville Saint-Michel est aussi une approche intéressante au niveau primaire. Le travail en ce sens est déjà bien amorcé et ne représente pas un défi insurmontable.

    Programmes de soutien communautaires aux jeunes en difficulté : Les jeunes à problèmes, expulsés des classes, sont de moins en moins laissés à eux même. Plusieurs ne vont plus à la rue comme ce fut le cas. Des organismes communautaires offrent une alternative à la suspension scolaire, les jeunes sont encadrés et on leur offre la possibilité de corriger leur attitude face au milieu scolaire. Dans le cas de gestes d’incivilité envers autruis, il y aurait possibilité d’envisager l’intégration à ces programmes de mesures de réparation des tors causés. Ce genre de service doit s’étendre, et ces organismes doivent pouvoir compter sur la possibilité d’offrir de véritables voies de sortie des difficultés à ces jeunes, et ainsi les raccrocher à la priorité d’apprendre. N’oublions pas que les jeunes expulsés sont souvent ceux qui sont laissés à eux même, et qui se donne un pouvoir en intimidant. L’intimidation est pour plusieurs une façon de reprendre du pouvoir sur une réalité de déceptions. Ces programmes sont de plus en plus largement implantés grâce au travail des YMCA.

    Contraintes actuelles :
    Bref, les principaux jalons de l’intervention en prévention de la violence sont connus. La majorité des moyens demandent la mise en place d’une composante d’intervention facilitant la mise en application en continu des compétences acquises, autrement ces programmes auront un impact très limité. Ces initiatives sont lourdes en investissement de temps. La mise en fonction de ces programmes impose l’allocation d’une ressource à temps plein pour en faire un outil efficace développement des compétences. Pour une coordination adéquate et une actualisation continue; elles demandent aussi l’implication de comités bénévoles. Les parents doivent s’y investir; mais dans plusieurs cas, il semble que seul le milieu communautaire soit en mesure d’en assurer la pérennité. L’arrimage avec des ressources compétentes et pérennes du milieu est donc indispensable au succès de ces approches. Le fait que souvent des intervenants scolaires soient réaffectés et quittent les projets déstabilise, retarde et hypothèque la poursuite des activités. Le maintien de ce type de service et le soutien de son fonctionnement ne peut pas être entièrement la charge des professionnels du milieu. Les enseignants et les professionnels sont accaparés par l’enseignement et l’assistance aux cas lourds des jeunes qui font faces à de multiples difficultés. On constate que l’action du milieu environnant l’école est indispensable au maintien et au développement de ces formes d’intervention.

    Contrer l’intimidation :
    L’intimidation n’est qu’une forme particulière de violence. Elle est plus subtile, car elle ne se matérialise pas toujours en des gestes physiques. Il est indispensable que les jeunes et les gens des milieux scolaires développent les attitudes et les bons réflexes pour reconnaître et faire face à ces situations. Ce n’est pas par des conférences, la diffusion d’information et le lancement de campagnes de sensibilisation que les bons réflexes se développeront. Des ateliers doivent permettre de créer des mises en situation et des jeux de rôle pertinents; des scénettes doivent être crées afin de permettre aux jeunes d’étudier les façons de faire; de ressentir les sentiments vécus de part et d’autre, puis de développer les réflexes adéquats lors de situations d’intimidation. Le théâtre d’intervention devient donc un outil indispensable dans le développement de moyens efficaces pour contrer l’intimidation.

    Nous devons aussi permettre aux jeunes de mettre en application les compétences acquises en les responsabilisant face à ces situations. Les jeunes du second cycle du primaire pourraient offrir un service d’accompagnement préventif aux jeunes du premier cycle. Les jeunes du premier cycle du secondaire pourraient aider à mettre enplace des programmes de médiation avec le second cycle du primaire et ainsi de suite. Apprendre à détecter les incivilités, à contrer ces comportements, à isoler les jeunes qui perpétuent ces comportements ou à les référer aux adultes en mesure de les aider à les désamorcer sont des compétences à la portée des jeunes.
    La lutte à l’intimidation est donc loin d’être un objectif insurmontable. C’est un processus d’éducation à la vie en société. Les moyens de passer à l’action sont connus, la grande partie des ressources sont disponibles; à nous d’organiser et d’intégrer le tout.

    Normand
    http://www.nonviolence.ca

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