Contrer la droite adroite (réponse à Mathieu Bock-Côté)
Ce billet est une réponse à l’article de Mathieu Bock-Côté paru hier dans le 24H.
D’entrée de jeu, je dois dire que je suis surprise par la plume de Bock-Côté. Étant habituée à son langage plus académique, il est frappant de voir la simplification (pour ne pas dire le nivellement par le bas) de son message pour les lecteurs du 24H. Toujours est-il que, même en utilisant le plus commun des langages, son propos demeure à mon avis erroné et intellectuellement malhonnête.
D’abord, sa distanciation du conservatisme de Harper est certainement utile afin d’éviter une comparaison avec l’ennemi politique actuel du Québec. Par contre, il n’explique pas en quoi le conservatisme québécois serait différent de celui du ROC. Bien qu’il mentionne la présence d’un élément moralisateur dans le conservatisme canadien, force est d’admettre d’un tel élément existe aussi dans sa version québécoise. Le sénateur Boisvenu en est un exemple probant!
Pour soutenir sa proposition selon laquelle la démocratie est en régression, Bock-Côté pose trois arguments qu’il semble pour le moins surprenant d’amalgamer dans la même phrase.
« La censure est de retour, souvent au nom du multiculturalisme. »
Je suis bien d’accord pour dire que la censure est de retour, mais pas pour dire que c’est au nom du multiculturalisme. Le fait d’empêcher la présence d’un conifère illuminé dans un endroit public est significativement moins problématique au point de vue démocratique que l’utilisation des deniers publics pour financer une opération de répression politique par des arrestations de masse comme ce fut le cas au G20. Mais comme la censure et la répression politiques ne touchent que la gauche au Canada, on se garde bien d’en parler.
« Les tribunaux, à partir d’une étrange vision des « droits fondamentaux », ont confisqué la souveraineté populaire. »
Je ne suis pas certaine de voir où veut en venir l’auteur. Il s’agit probablement d’une référence aux accommodements raisonnables autorisés par la Cour Suprême. Enfin, je me permettrai de répondre en citant le juge Iaccobucci dans l’affaire Vriend : « La notion de la démocratie ne se limite pas à la règle de la majorité. »
« La bureaucratie s’installe par-tout en sacrifiant le bon sens. »
La bureaucratie sacrifie le bon sens à l’occasion, je suis d’accord. Mais de là à faire de la réduction de la taille de l’État une condition sine qua non du rétablissement de la démocratie, je trouve qu’il y a un pas. Il est dangereux de donner dans l’absolutisme des solutions, a fortiori lorsqu’on n’explique pas le raisonnement qui sous-tendent les positions proposées.
Bock-Côté, dans une élan pseudo romantique nostalgique, nous invite à renouer avec nous-mêmes, notre essence, notre héritage collectif. Encore faudrait-il savoir ce qu’est cet héritage collectif. Je n’ai aucun désir à m’associer ou à préserver les relents de notre passé colonialiste, patriarcal et religieux. Sans oublier nos origines, il ne faudrait pas répéter les mêmes erreurs que nos ancêtres par manque d’ouverture et un attachement malsain au passé.
Vient ensuite l’argument de l’éducation au Québec. La situation est critique, j’en conviens. Si on n’apprend rien à nos enfants, c’est à mon avis plus lié à une débilisation généralisée de la société et l’instrumentalisation de l’éducation qu’à un complot visant à miner l’identité culturelle québécoise. « L’école est le lieu où une société apprend à ses enfants dans quelle civilisation ils vivent » écrit l’autre. Il est peut-être là le problème! Et si on apprenait à nos enfants à penser, discuter et bâtir la société dans laquelle ils veulent vivre, plutôt que de leur inculquer que le statu quo est la seule possibilité, peut-être arriverait-on à d’autres résultats.
Le conservatisme existe au Québec et, à l’encontre de l’auteur, je crois qu’il a toute les raisons d’être complexé! Lorsqu’on prend en compte le fait que les X (les « écouteux » de radio, pas la génération) sont les conservateurs québécois les plus diffusés et probablement parmi les plus influents, il y a de quoi être particulièrement troublé. Que le conservatisme de Bock-Côté ait peu en commun avec celle des X c’est possible, mais force est d’admettre qu’aux yeux du public, la différence est minime.
L’auteur termine en édifiant le conservateur comme défenseur de la liberté et de la démocratie. Il semble pertinent de rappeler qu’il ne possède pas le monopole de la vertu à ce sujet. Nombre de régimes inspirés par le « modernisme » se montrent capables à la fois de protéger leur héritage culturel et identitaire sans pour autant se replier sur eux-même. Il est possible de conjuguer une conception classique de l’identité – l’espace politique neutre – sans tomber dans une version moderne de la dictature de la majorité comme semble le suggérer Bock-Coté.
Ce genre de texte simpliste et foncièrement fallacieux par son manque de finesse semble être de plus en plus commun. Il est malheureux de constater que l’on donne aussi facilement dans ce type de pamphlet vide d’essence par intérêt politique ou autre raison. Il est impératif que l’on demeure critique face à de telles tentatives insinuantes d’ « adroitiser » la population. Cette vigilance est d’autant plus cruciale lorsque l’auteur à le bénéfice d’une visibilité accrue et, j’ajouterais, d’une éducation qui peut facilement soutenir un appel à l’autorité.
*Le titre de l’article est partiellement inspiré de la chanson Super Mario de Loco Locass
Les opinions émises par les auteurs publiés sur Le Globe ne représentent pas nécessairement les opinions des administrateurs du site. Lisez les conditions générales*******





























Grand merci d’ avoir posté cet article